
Olvid et Threema : les messageries qui protègent vos échanges.
Un mail professionnel peut attendre une signature électronique et une vérification d'expéditeur. Un SMS classique n'est quasiment jamais chiffré. Et WhatsApp, propriété de Meta, traite et partage certaines métadonnées au sein des services Meta, conformément à sa politique de confidentialité, même si le contenu des messages est chiffré de bout en bout. Entre ces deux extrêmes, deux applications méritent qu'on s'y attarde : Olvid, qui est française, et Threema, qui est suisse. Je les utilise personnellement au quotidien et je vous explique pourquoi elles ont leur place dans la boîte à outils de tout indépendant, TPE, PME, ASBL ou profession libérale soucieux de la confidentialité de ses échanges.
Pourquoi ne pas simplement rester sur WhatsApp ou Messenger ?
WhatsApp chiffre bien le contenu de vos messages de bout en bout. Mais l’application appartient à Meta, repose sur l’utilisation d’un numéro de téléphone et peut, selon les autorisations accordées et les conditions d’utilisation du service, traiter des informations relatives aux contacts, aux interactions, aux appareils ou à l’utilisation de l’application. Certaines informations sont également partagées avec d’autres entités de Meta, conformément à sa politique de confidentialité, même si le contenu des communications personnelles reste chiffré de bout en bout. Pour un médecin généraliste, un psychologue ou un ostéopathe qui échange parfois des informations sensibles avec un patient ou un confrère, cela peut soulever des questions de conformité au RGPD selon le contexte d’utilisation, notamment lorsqu’il s’agit de données sensibles ou couvertes par le secret professionnel.
Olvid et Threema partent d'une philosophie inverse : collecter le moins de données possible, et chiffrer non seulement les messages, mais aussi, dans le cas d'Olvid, les métadonnées elles-mêmes.
Olvid : la seule messagerie certifiée par l'ANSSI.
S'il ne fallait retenir qu'un seul argument sur Olvid, ce serait celui-là : c'est la première et la seule messagerie instantanée grand public certifiée CSPN par l'ANSSI, l'agence nationale française de sécurité des systèmes d'information et même deux fois, puisque les versions iOS et Android ont chacune reçu leur propre certification. Ce n'est pas un argument marketing d'éditeur, c'est une évaluation indépendante menée par l'autorité française de référence en cybersécurité, avec rapports de certification et rapports techniques d'évaluation publiés en toute transparence. Les protocoles cryptographiques d'Olvid ont par ailleurs fait l'objet d'une validation scientifique formelle par un chercheur du CNRS, président du conseil d'administration de l'IACR (l'Association internationale de recherche en cryptologie). Pour un dirigeant ou un professionnel de santé qui ne dispose pas des compétences techniques nécessaires pour évaluer lui-même la robustesse d'un protocole cryptographique, cette certification constitue un élément de confiance particulièrement concret. Elle porte toutefois sur un périmètre et des versions précises du produit évaluées par l'ANSSI et ne garantit pas, à elle seule, l'absence de vulnérabilités dans les évolutions futures du logiciel.
Olvid est développée en France et se distingue par une architecture décentralisée : il n'existe aucun annuaire central qui stocke vos contacts. La mise en relation entre deux personnes se fait par un échange direct (en face à face, par lien ou par code), sans jamais transmettre de numéro de téléphone, d'e-mail ou de nom à un serveur tiers.
Concrètement, cela signifie :
- Chiffrement de bout en bout intégral, y compris des métadonnées, même en cas de piratage des serveurs d'Olvid, personne ne peut savoir qui échange avec qui.
- Aucune donnée personnelle requise pour créer un compte.
- Multiplateforme : Android, iOS, iPadOS, macOS, Windows et Linux.
- Discussions de groupe sécurisées incluses dès la version gratuite, contrairement à une idée reçue assez répandue, il n'est pas nécessaire de passer à une offre payante pour créer des groupes sur Olvid.
- Une architecture déjà pensée pour la cryptographie post-quantique : la partie du chiffrement résistante aux ordinateurs quantiques est en place, en attendant la standardisation des futurs algorithmes à clé publique.
- Une version gratuite complète pour l'usage courant (messages illimités, pièces jointes sans limite de taille, groupes, appels), et des offres professionnelles (Business, Entreprise) avec console d'administration, déploiement MDM, intégration SSO/annuaire d'entreprise (LDAP, Active Directory) et révocation instantanée en cas de perte ou vol d'un appareil, pertinent pour une petite structure qui voudrait équiper son équipe.
Le revers de la médaille : le processus d'ajout de contact, justement parce qu'il n'y a pas d'annuaire central, est un peu plus long que sur WhatsApp, il faut un échange de code entre les deux appareils. Un petit effort au démarrage, largement compensé par le gain en confidentialité.
Threema : la doyenne suisse du secteur.
Threema existe depuis 2014 et a bâti sa réputation sur la même promesse : aucune donnée personnelle nécessaire, un identifiant généré aléatoirement, des serveurs hébergés en Suisse, et un code source ouvert et audité régulièrement par des experts indépendants.
Ses points forts :
- Aucun numéro de téléphone ni e-mail obligatoire pour s'inscrire.
- Suppression des messages des serveurs suisses dès leur réception par le destinataire, aucun historique n'y est conservé.
- Open source, ce qui permet un contrôle indépendant du code par la communauté de la sécurité.
- Fonctionnalités complètes : appels vocaux et vidéo chiffrés, y compris en groupe, partage de fichiers et de localisation, sondages, verrouillage par code PIN.
- Une version professionnelle (Threema Work) utilisée par des milliers d'organisations, y compris l'armée suisse et plusieurs polices cantonales, un gage de confiance pour un usage sensible.
Un point mérite toutefois d'être signalé par honnêteté, car la transparence est au cœur de mon métier : en janvier 2026, Threema a changé de propriétaire. La société a été rachetée par le fonds d'investissement allemand Comitis Capital, qui succède à Afinum. Les deux entreprises ont confirmé que l'infrastructure technique et les centres de données restent situés en Suisse, et que le service continue donc de relever du cadre légal suisse en matière de protection des données, l'un des plus stricts au monde. Il s'agit néanmoins d'un changement de gouvernance à suivre, comme pour tout outil sur lequel on bâtit sa confidentialité professionnelle.
Autre nuance à connaître : contrairement à Olvid, Threema est une application payante, 6 € en achat unique pour la version Private, plus les offres professionnelles Threema Work (à partir de 3 €/mois/utilisateur pour l'offre Core, 5 €/mois/utilisateur pour l'offre Professional avec automatisation et API). Un frein pour certains, mais aussi un modèle économique qui évite la tentation de monétiser les données des utilisateurs.
Un dernier point mérite d'être souligné, car il peut être utile à certaines organisations concernées par les réglementations européennes relatives à la cyber-résilience. Threema présente notamment sa solution comme pouvant contribuer à des démarches de préparation à NIS2, à DORA ou à la directive CER. Ces textes ont des champs d'application différents et ne concernent pas toutes les entreprises ni toutes les associations. Ils renforcent néanmoins, pour les entités concernées, les exigences en matière de gestion des risques, de continuité d'activité, de gestion de crise et, selon les cas, la responsabilité des organes de direction. Dans ce contexte, disposer d'un canal de communication alternatif peut constituer une mesure pertinente, sans suffire à lui seul à satisfaire l'ensemble des obligations applicables.
C'est un point intéressant à considérer pour les PME et les associations qui sont effectivement soumises à ces réglementations, mais aussi pour celles qui souhaitent volontairement renforcer leur résilience face aux incidents informatiques et améliorer la continuité de leurs activités.
Un usage stratégique méconnu : PME, dirigeants et professions confidentielles.
Au-delà de l'usage individuel, ces messageries ont aussi leur place dans des structures plus grandes qu'un simple indépendant, notamment les PME organisées en plusieurs pôles (direction, RH, finance, commercial, production...), qui n'ont souvent pas de département IT dédié capable de déployer et sécuriser une solution de messagerie d'entreprise complexe.
Dans ce type de structure, les échanges les plus sensibles, décisions stratégiques, sujets RH délicats, négociations en cours, incidents internes, transitent trop souvent par les mêmes canaux que la communication courante (e-mail professionnel, groupe WhatsApp informel), sans réelle séparation ni protection renforcée. Créer un canal dédié entre les dirigeants et les responsables de pôles, sur Olvid ou Threema, permet de cloisonner ces échanges stratégiques : les offres professionnelles des deux éditeurs (Olvid Business/Entreprise, Threema Work) proposent justement une console d'administration et une gestion centralisée des groupes, pensées pour ce type d'usage à l'échelle d'une équipe, sans nécessiter de compétences techniques poussées. Olvid cible d'ailleurs explicitement ce type d'usage pour la direction générale, les directions opérationnelles stratégiques, le service juridique (fusions-acquisitions, contrats), la finance, la R&D ou les RH, soit exactement les fonctions les plus exposées dans une PME de taille moyenne.
Un chiffre à retenir, selon Olvid : 95 % des fuites de données surviennent lors de communications avec l'extérieur, sous-traitants, prestataires, consultants, avocats, souvent parce que l'e-mail reste le réflexe par défaut alors qu'il n'offre ni garantie sur l'identité de l'interlocuteur, ni chiffrement réellement fiable. Et dans près de 9 cas sur 10, une fuite de données relève avant tout de la négligence plutôt que d'une attaque sophistiquée, ce qui plaide pour des outils où la sécurité est activée par défaut, sans que l'utilisateur ait à s'en soucier.
Le même raisonnement s'applique aux professions soumises à une obligation de confidentialité renforcée, comme les avocats. Un cabinet d'avocats qui échange sur un dossier sensible avec un confrère ou en interne entre associés a tout intérêt à disposer d'un canal chiffré de bout en bout plutôt que de s'appuyer sur l'e-mail ou une messagerie grand public classique : le secret professionnel impose une exigence de confidentialité que le chiffrement intégral des métadonnées d'Olvid, ou l'absence de conservation des messages sur les serveurs de Threema, viennent directement renforcer.
Ce même canal dédié, une fois en place pour la communication stratégique courante, sert aussi de filet de sécurité en cas d'incident majeur : disposer d'un canal de communication hors du système d'information de l'entreprise, prêt à être utilisé en cas d'incident cyber, est une mesure que je recommande systématiquement dans mes audits.
En cas de ransomware ou de compromission du réseau interne, les outils de communication habituels (e-mail professionnel, Teams, Slack…) peuvent devenir indisponibles, être compromis ou ne plus être considérés comme suffisamment fiables pour coordonner la gestion de crise. Si l'équipe dirigeante ne dispose alors d'aucun autre moyen pour se coordonner, décider des actions à prendre, prévenir les autorités compétentes ou informer les équipes, la gestion de crise s'en trouve considérablement compliquée.
Olvid répond directement à ce besoin : l'éditeur positionne explicitement son application comme un outil de Plan de Continuité d'Activité (PCA), permettant à l'ensemble d'une organisation de poursuivre ses communications même lorsque le système d'information est attaqué, fonctionne en mode dégradé, ou doit être arrêté. C'est un argument de poids pour tout dirigeant de TPE ou de PME qui n'a pas les moyens de s'offrir une cellule de crise externe : un canal indépendant, déjà installé sur les téléphones des personnes clés, et déjà utilisé au quotidien pour la communication stratégique, coûte peu et peut faire une réelle différence le jour où il faut vraiment s'en servir. L'ANSSI elle-même recommande, dans son guide de gestion de crise cyber, de prévoir des moyens de communication alternatifs avant qu'un incident ne survienne.
Threema communique lui aussi très explicitement sur cet usage, avec une offre présentée comme un outil de « continuité des activités : communication hors bande ». En cas de panne informatique liée à un piratage ou à un dysfonctionnement, Threema Work permet de préconfigurer à l'avance des listes de diffusion afin de réduire le temps de réaction en situation de crise. Les deux éditeurs partagent ainsi la même conviction : un canal de communication de secours se prépare avant l'incident, jamais pendant.
Concrètement, pour un dirigeant, un responsable de pôle ou un avocat, cela veut dire : créer dès aujourd'hui un groupe restreint sur l'une de ces applications avec les personnes clés, s'assurer que chacun sait s'en servir, et l'utiliser aussi bien pour les échanges stratégiques courants que pour le jour où le mail professionnel n'est plus une option sûre.
Olvid ou Threema : laquelle choisir pour votre activité ?
Ce n'est pas nécessairement un choix exclusif. Dans mon expérience d'utilisateur quotidien des deux applications, je les vois comme complémentaires :
- Olvid convainc par sa gratuité, sa certification ANSSI, son option de déploiement professionnel pensée pour les petites structures sans département IT, et sa vocation assumée d'outil de continuité d'activité en cas de crise cyber.
- Threema séduit par son ancienneté, son ouverture du code source, son écosystème professionnel déjà éprouvé y compris dans des contextes très exigeants, et sa conformité affichée aux réglementations NIS2, DORA et CER.
Pour un indépendant, une ASBL ou une profession libérale en Wallonie qui échange des documents ou des informations sensibles avec des clients, des patients ou des partenaires, adopter l'une de ces deux messageries plutôt que de se reposer sur WhatsApp ou un SMS classique, est une mesure simple, gratuite ou peu coûteuse, et immédiatement applicable dans une démarche de mise en conformité RGPD.
Combien ça coûte concrètement ?
Les grilles tarifaires des deux éditeurs sont assez différentes dans leur logique.
Côté Olvid :
- Gratuit à vie pour un usage individuel (messages et pièces jointes illimités, groupes, appels).
- Achat intégré à 4,99 € TTC/mois/utilisateur via l'App Store ou Google Play, pour ceux qui veulent l'appel sortant et le multi-appareils sans passer par une offre entreprise.
- Offre Business à 9,90 € HT/mois/utilisateur, facturée annuellement, avec gestion manuelle des licences.
- Offre Entreprise au même tarif (9,90 € HT/mois/utilisateur) plus un forfait de 4 990 € HT/an, avec intégration SSO/annuaire d'entreprise, gestion automatique et console d'administration complète.
Côté Threema :
- Version Private à 6 € en achat unique, pour un usage individuel.
- Threema Work Core à 3 €/mois/utilisateur (facturation annuelle), pour la collaboration de base avec gestion centralisée.
- Threema Work Professional à 5 €/mois/utilisateur, avec automatisation, API et communication de masse (Threema Broadcast).
- Threema OnPrem, sur devis, pour l'auto-hébergement complet de l'infrastructure.
Pour une petite structure qui démarre, Olvid a l'avantage d'être gratuit sans aucune limite de temps sur l'essentiel des fonctionnalités ; pour une PME qui veut d'emblée une gestion centralisée légère, Threema Work Core à 3 €/mois/utilisateur reste l'option la plus abordable des deux offres professionnelles.
Ces messageries suffisent-elles à être en conformité RGPD ?
Il faut être honnête sur ce point : aucune application, aussi sécurisée soit-elle, ne garantit à elle seule une conformité RGPD totale. Le RGPD n'est pas un outil que l'on installe, c'est une démarche : registre des traitements, base légale, durée de conservation, information des personnes concernées, accord de sous-traitance le cas échéant. Une messagerie chiffrée, aussi robuste soit-elle, ne coche pas toutes ces cases à elle seule.
Ce qui est vrai, en revanche, c'est qu'Olvid et Threema permettent de limiter plusieurs difficultés que peut soulever l'utilisation d'une messagerie grand public dans un contexte professionnel : collecte plus limitée des données, meilleure protection de la confidentialité des échanges et approche davantage orientée vers la minimisation des données. Elles peuvent ainsi contribuer au respect de deux principes importants du RGPD : la minimisation des données (article 5) et la sécurité du traitement (article 32).
Choisir une messagerie sécurisée ne résout pas à lui seul tous les enjeux de cybersécurité ou de conformité au RGPD. En revanche, c'est une décision simple, concrète et peu coûteuse qui permet de renforcer immédiatement la confidentialité de vos échanges professionnels. Comme souvent en cybersécurité, les bonnes habitudes prises avant un incident sont celles qui feront la différence lorsqu'il faudra y faire face.
Une mesure concrète parmi d'autres
Le choix d'une messagerie chiffrée s'inscrit dans une logique plus large de prévention : sauvegardes régulières, gestionnaire de mots de passe, authentification à deux facteurs, sensibilisation de son entourage professionnel. Si vous souhaitez faire le point sur les outils numériques de votre activité et identifier les priorités adaptées à votre budget, n'hésitez pas à me contacter.
Cet article reflète un usage personnel et régulier de ces deux applications. Il ne s'agit pas d'un partenariat commercial avec Olvid ou Threema.
Sources:
Sur Olvid :
- Olvid — Technologie, certification ANSSI et validation cryptographique : olvid.io/technology/fr
- Olvid — Enterprise, fonctionnalités professionnelles : olvid.io/enterprise/fr
- Olvid — Tarifs : olvid.io/pricing/fr
- Olvid — Wikipédia, dates précises des certifications CSPN : fr.wikipedia.org/wiki/Olvid
Sur Threema :
- Threema — Réglementations européennes (NIS2, DORA, CER) : threema.com/fr/use-cases/eu-regulations
- Threema — Tarifs : threema.com/fr/pricing
- Threema — Threema Work : threema.com/fr/products/work
- Threema — Wikipédia, historique et effectifs : fr.wikipedia.org/wiki/Threema
Sur le rachat de Threema par Comitis Capital :
- Le Temps — Rachat de Threema par Comitis Capital (16 janvier 2026) : letemps.ch
- Comitis Capital — Communiqué officiel de l'acquisition (12 janvier 2026) : comitiscapital.com
- ICTjournal — L'app suisse de messagerie Threema change de mains (13 janvier 2026) : ictjournal.ch
- Watson — Threema, utilisée par l'armée suisse, va être racheté (19 janvier 2026) : watson.ch
- Digitec — Threema change de propriétaire : digitec.ch
Sur la gestion de crise :
- ANSSI — Anticiper et gérer une crise cyber : cyber.gouv.fr
